samedi 18 novembre 2017

TERREUR SUR LA LAGUNE CHEZ LE CHAT QUI FUME





TERREUR SUR
LA LAGUNE

Un film d’Antonio BIDO (1978)
Titre original : Solamente Nero
Titre anglais : The Bloodstained shadow
Titre espagnol : Sombra sangrienta
Scénario: Antonio BIDO, Marisa ANDALO, Domenico MALAN
Photo: Mario VULPIANI
Musique: Stelvio CIPRIANI
Montage: Amedeo GIOMINI
Avec Lino CAPOLICCHIO, Stefania CASINI, Massimo SERATO, Juliette MAYNIEL, Luigi CASELATTO, Attilo DUSE, Gianfranco BULLO
VHS: Hollywood Vidéo / DEC
DVD/ Blu Ray : Le Chat qui fume
        
Malgré la centaine (voire davantage) de gialli évoqués dans nos pages, nous n’avions pas encore consacré un chapitre au captivant Terreur sur la lagune réalisé en 1978 par le peu prolifique Antonio BIDO (7 films au compteur seulement  dont 2 gialli, l’autre s’avérant Il gatto dagli occhi di giada (cf. Médusa Fanzine n°20 !). La très belle édition du Chat qui fume me permet de réparer cette omission.
 Avec la fin des années 70 s’annonce le déclin du giallo, un genre « feu de paille » dont l’incandescence paroxystique (entre 1968 et 1975) nous a révélé quelques chefs d’œuvre et conféré à ce genre une aura quasi mystique encore bien vivace à l’heure de la marvelisation du cinoche, des CGI et du found-footage. Aussi incroyable que cela puisse paraitre, le giallo a marqué au fer rouge notre cinéphilie, créant un folklore reconnaissable entre tous (une unité de thèmes dirons-nous) et offrant un statut culte à certaines bandes qui n’en demandaient pas tant, rattachées parfois par capilotraction extrême au corpus giallesque. Ces incunables, pas toujours inintéressants, servaient la plupart du temps à faire mousser les fins connaisseurs, quelques happy few (dont je fais partie) qui veulent tous les avoir vus : surtout ceux que personne n’a visionnés ! C’est ainsi,  le giallo entretient et cultive les pires penchants des monomaniaques : collectionnite aigue, adulation aveugle et tout un cortège de petites tares finalement moins graves qu’une infection sexuellement transmissible mais tout aussi démangeantes. 
 Solamente nero n’appartient pas à la catégorie des invisibles, des raretés à dénicher sous le sabot d’une pouliche puisque, déjà aux glorieuses heures des vidéoclubs, nous pouvions le visionner, édité par deux fois qu’il fût : par Hollywood vidéo (Terreur sur la Lagune) et DEC (sous le titre mystérieux d’Ombres sanguinaires, traduction plutôt inspirée du titre anglais). Des versions hélas écourtées et souffrant d’un doublage français calamiteux (le personnage de Stefania CASINI principalement). Heureusement pour nous, le chat qui fume ne se contente pas de ronronner mais édite des combos Blu-Ray / DVD à faire pâlir la plus blême des paires de fesses. Enfin, nous pouvons  visionner dans une copie digne de ce nom une version intégrale de cet excellent long-métrage. Si les scènes additionnelles ne constituent pas des séquences de suspense ou de meurtres (du moins dans leur modus operandi), elles donnent plus de corps à une intrigue qui reprend les principales antiennes du genre (l’élément pictural déterminant, le souvenir traumatique refoulé de l’enfance, les notables corrompus, les secrets de polichinelle tus et la profonde et cupide noirceur de l’âme humaine). Nous sommes naturellement en terrain connu, dans les chemins balisés d’un genre très codifié. Or, en 1978, il convient d’y ajouter une once d’originalité, BIDO s’en accommode en situant son récit à Venise,  pas la Venise des cartes postales et des touristes nippons qui kodakent tout ce qui passe dans leur champ de vision mais une ville lugubre, humide (pléonasme), grise et hors du temps. Un environnement qui sied parfaitement pour créer une atmosphère étrange. En outre, un peu comme Pupi AVATI avec La Maison aux fenêtres qui rient, Antonio BIDO réalise un giallo provincial en opposition au canon du genre plus friand d’une certaine bourgeoisie urbaine et décadente (ou encore d’une certaine  jetset noceuse et oisive). Nous ne croisons que des traîne-misère dans le frimas des ruelles du Venise de BIDO, des gueules patibulaires, des tronches aigries et des existences meurtries par des deuils ineffaçables. Ce n’est pas la foule des grands jours. Antonio BIDO nous épargne même le souverain poncif de l’envol des pigeons idiots de la  place Saint Marc, rien que pour ça, nous l’adoubons !  Autre point commun avec La Maison aux fenêtres qui rient et pas des moindres,  le héros se nomme Stefano et est interprété par le même comédien (Lino CAPOLICCHIO) renforçant l’analogie entre les deux œuvres. 
 Stefano, un prof de maths, revient se gondoler à Venise (désolé moi aussi j’aime les clichés). Il y retrouve son frangin Paolo (incroyable Craig HILL au regard pâle comme un soleil d’hiver plus habitué aux chevauchées des westerns européens qu’à la défroque d’un homme d’église), prêtre dans la cité lacustre. Lors du voyage, il fait la connaissance de Sandra (Stefania CASINI), une peintre revenant aussi sur les Terres de son enfance. Ils filent bientôt le bel amour sans doute revigorés par l’air mortifère ambiant. Un soir, alors que l’orage fait rage (et c’est tout ce que nous lui demandons), Don Paolo assiste impuissant à un meurtre par étranglement devant son presbytère. Dans l’averse, il ne peut déceler le visage de l’assassin mais ce dernier se pensant démasqué envoie des messages au curé, des messages tapés sur une vieille machine à écrire dont le T est défectueux (détail important et nous le savons : le diable est dans les détails).
 Bientôt, d’autres assassinats ont lieu, aussi variés que violents. Qui donc peut en vouloir à cette communauté de tordus (un Comte pédophile, une faiseuse d’ange, une vieille dame handicapée, un médecin corrompu, une médium maitre-chanteuse) ? Est-ce le père rongé par l’alcool de la fille lâchement occise il y a des années de cela et dont le crime a été étouffé ? Est-ce le fils dégénéré (Gianfranco BULLO) de celle qui pratique des avortements sur des mineures (troublante Juliette MAYNIEL) ? La solution apparait comme au commissaire Bourrel dans Les cinq dernières minutes dans un Deus ex-machina expiatoire traditionnel du genre. Cela permet également à BIDO de rendre un hommage (volontaire ?) à l’un des pères fondateurs ou inspirateurs du genre, j’ai nommé Alfred HITCHCOCK via une séquence rappelant l’apex de Sueurs Froides. Je n’en écris pas plus pour ne pas déflorer la virginité de l’intrigue et laisser la surprise à ceux qui n’auraient pas encore vu le film.
 Notons tout de même que si le scénario n’évite pas quelques redites par rapport aux productions précédentes, il réserve tout de même quelques surprises et, surtout, il s’autorise quelques coups de griffes à l’encontre de la société italienne sclérosée par des tensions intestines et à bout de souffle lors des années de plomb. Une pauvre femme vient ainsi quémander de l’aide auprès du curé pour qu’il interfère auprès d’un aristocrate pédophile. Faut dire que les carabiniers sont plus doués pour les calembours homophobes que pour protéger leurs administrés. Don Paolo se fait joyeusement envoyer sur les roses par le Comte Pedrazzi (Massimo SERRATO) dont le sentiment d’impunité témoigne de la gangrène sociétale. Stefano agit comme un grain de sable dans une belle mécanique, son éloignement lui permet, en outre, de mettre à jour les secrets les plus inavouables de ce petit monde. Seule la love story entre le prof et la peintre s’avère un peu trop artificielle, un peu trop plaquée, posée comme pour contenter la midinette qui se serait aventurée dans un cinéma par hasard. La scène d’amour, sur une peau de bête devant la cheminée, frôle le ridicule et n’évite pas le risible. D’autant que Stefania CASINI, plate comme une limande, n’a pas le corps sensuel d’une FENECH ou d’une BOUCHET. C’est là où le bât blesse, arguerons quelques esprits grincheux. En effet, Terreur sur la lagune n’est pas très bandant et ne donne pas dans le sexy. Cela aurait sans nul doute nui à l’homogénéité du métrage. BIDO semble visiblement plus inspiré par quelques moments de tensions bien sentis : une caméra subjective qui suit Sandra dans les venelles de la Cité, le curé aux prises avec un agresseur dans un cimetière le soir tombé.
Il convient de souligner un autre atout favorisant ce cachet de mystère ténébreux : la musique de Stelvio CIPRIANI, alternant entre musique électronique quasi industrielle et des mélodies plus traditionnelles. Cela joue indéniablement sur l‘atmosphère générale du métrage. Un délice de bande-son que vous pourrez écouter à la nuit tombée dans votre maisonnée puisque Le chat qui fume a eu l’idée ingénieuse de joindre la B.O du film à son combo. Du très bel ouvrage assurément, un joli écrin pour un film qui mérite d’être redécouvert comme beaucoup de gialli des dernières années de la décennie prodigieuse, beaucoup plus palpitants que ce que l’on a écrit la plupart du temps. 
Didier LEFEVRE

Chronique initialement publiée dans le Médusa Fanzine n°28
toujours disponible même s'il n'en reste vraiment plus beaucoup.

samedi 11 novembre 2017

MEDUSA AU FESTIVAL DE LA BD DE VALENCIENNES

J'ai failli nommer ce billet "November Rain" tant cette météo automnale noie nos derniers espoirs d'ensoleillement. Et puis je me suis dit que je n'étais pas là pour parler de la pluie et du beau temps, alors je me suis ravisé... même si je viens de le faire lourdement en introduction.

Peu de temps à consacrer au blog ces derniers jours et c'est bien dommage car les nouvelles affluent... Commençons par les bonnes : le prochain Vidéotopsie arrive pour décembre et certain que son sommaire réchauffera l'ambiance (son créateur m'a laissé secrètement regarder quelques pages et ça s'annonce formidable);  nos éditeurs français de DVD se décarcassent plus que Ducros à la recherche du plus savoureux basilic ainsi Bach Films via ses collections déjantées exhument tout un tas de pépites (Les monstres du Kung Fu, Le justicier contre la reine des crocodiles, Wen Weng...), Uncut Movies annonce l'imminence de la sortie d'un Pete Walker parmi les meilleurs, Artus se met au blu ray en hommage à Lucio et livre aussi deux galettes en hommage à Pete Walker, Elephant Films sort un coffret de 13 Hammer restaurés, Le chat qui fume remet au gout du jour le minitel avec 3615 code père Noel, sorte de pré Maman j'ai raté l'avion signé par le frère de Francis Lalanne et enfin, The ecstasy of Films, annonce du bourre-pif et de la taloche avec American Warrior 2 mais aussi des bêtes féroces qui attaquent ! Bref, de quoi remplir les bottes du père Noel !
Les mauvaises nouvelles, guère surprenantes, concernent la disparition de nos acteurs fétiches à un rythme métronomique des plus angoissants : Karin DOR, Ray LOVELOCK ou Brad HARRIS pour ne citer que les dernières annonces ont rejoint le paradis des étoiles du cinéma populaire. C'est la vie cuicui certes,  mais à chaque fois c'est un morceau de notre cinéphilie qui disparait, inexorablement.

Nous pourrons deviser de tout cela la semaine prochaine lors du dixième festival de Bd de Valenciennes les samedi 18 et dimanche 19 novembre prochain. Je tiendrai un stand de la petite boutique de Médusa là bas avec évidemment les derniers rescapés du premier tirage du Médusa 28 mais également Trash Times, Vidéotopsie 19, Emprise, Terreurvision... ça se déroule Boulevard des alliés à Valenciennes. La page facebook de l’événement. 





mercredi 25 octobre 2017

VIDEOTOPSIE N°20 en précommande !

I'm just a mirage on your Tv screen, just something coming from a dream

 Les précommandes du pénultième numéro de Vidéotopsie (le 20) sont lancées ! Ruez vous dessus les amis !
VIDEOTOPSIE n°20 - spécial JOE D'AMATO'S FILMIRAGE !
188 pages de stupre et d'horreur, dans le monde folingue du grand Joe et des années 80 !
Sortie le 10 décembre dans tous les kiosques et toutes les bonnes librairies (euh… non, quand même pas !)
Frais de port offerts pour tous les précommandeurs de la chose, jusqu'au 10 décembre inclus.
C'est dans la (petite) boutique du blog que ça se passe : http://videotopsie.blogspot.fr/p/blog-page_25.html
Au SOMMAIRE :
L'histoire épique de la "Filmirage", la plus américaine des boîtes italiennes.
Tous les films de la firme passés au scalpel : very big dossier… fessu et sanglant !
Entretiens Enzo Sciotti et Carlo Maria Cordio : la "Filmirage" en affiches et en musique !
Les Belles de la Filmirage : Laura, Lilli, Eva, Valentine, Jessica, Kristine… et les autres !
Filmira'graphie détaillée
Vidéographie française
Couv' couleur, 188 pages, 13 euros

dimanche 22 octobre 2017

DANS LES VIDEOCLUBS DU TEMPS JADIS... ATLANTIC HOME VIDEO







Ah la glorieuse époque des vidéoclubs où nous trouvions de tout sur les étals de ces échoppes particulières, véritables cavernes d'Ali Baba pour les amoureux de cinoche que nous étions et que nous demeurons !
 Aux maisons d'éditions prestigieuses (VIP, GCR, Delta, Scherzo, SVP,...), succèdent en fin de décennie des boites beaucoup plus opportunistes, cherchant à gratter un maximum de flouze avec un minimum de moyens... L'heure des "flying jaquettes" est arrivée : petits boitiers, titres fantaisistes, films interchangeables, sorties sans versement des droits, j'en passe et des pires...
 Parmi celles-ci, Atlantic Home Vidéo, succédanée des fameux Initial, pour se remémorer cette époque, retrouvez ci-dessus un florilège de leur catalogue : ça va de Maccione à Gorgo en passant par La rose écorchée (Devil's Maniac)...

vendredi 20 octobre 2017

Ti amo... Umberto Lenzi




 Dans la rubrique Bismania du Médusa 28, je m'enthousiasmais encore sur Un flic hors la loi, l'une de ses soixante-cinq réalisations. En effet, Umberto Lenzi a toujours été à mes yeux synonyme de qualité conjugué à un  savoir-faire de génie lui permettant d'embrasser tous les genres et les sous-genres du cinéma populaire : le film de pirates (Mary la rousse, femme pirate), le film historique (Catherine de Russie), les aventures indiennes (Sandokan), l'espionnage (Super 7 appelle le Sphinx, Des fleurs pour un espion), le western (La malle de San Antonio), le "fumetti" (Kriminal), le film de guerre (La légion des damnés), le giallo (Si douces, si perverses, Spasmo, Paranoia, Le tueur à l'orchidée,...), le film de cannibales (Cannibal Ferox), le polar urbain (Un flic hors la loi, La rançon de la peur, Le cynique, l’infâme, le violent...), la sexy comédie (Pardon vous êtes normal?),  le film de préhistoire (La guerre du fer), l'horreur (L'avion de l'apocalypse), le thriller/ psychokiller (Nightmare beach)... 
Son empreinte sur le cinéma Bis italien est gigantesque. Je l'écrivais dans un post facebook hier, c'est un géant qui vient de disparaitre. A bien y réfléchir car la question est difficile, j'estime même que Umberto Lenzi fut, est et demeurera mon réalisateur préféré. Naturellement, je n'attendais plus rien de lui, je n'espérais pas de nouveau film. Pillé jusqu'à la caricature par les imitateurs contemporains, les faussaires du septième Art, adulé pour quelques gialli et quelques polars, Lenzi ne compte pas de Suspiria dans sa filmographie qui regorge, pourtant,  d'excellents films , des bons divertissements aussi mais pas de chef d’œuvre au sens définitif du terme. Et pourtant, il a œuvré avec un professionnalisme exemplaire sublimant Thomas Milian, Henry Silva ou Hugo Stiglitz. Ses longs métrages ont suivi avec une synchronicité incroyable les modes et les envies du  public s’achevant comme le Bis italien à la télévision avec quelques téléfilms.
 Il avait la réputation d'être bougon voire irascible, de monnayer ses entretiens, de s'estimer au-dessus du lot. Rumeur ou réalité, je ne peux le confirmer n'ayant jamais croisé son chemin... De ce fait, je sépare l'homme de son œuvre et, d'ailleurs,  chacun devrait être évalué à l'aune de ses productions. Une œuvre fantastique, richissime qui mériterait une réhabilitation complète au travers d'un ouvrage rendant grâce à ce talent phénoménal dont il fit preuve.
Aujourd'hui, j'ai du mal à l'avaler mais mon réalisateur préféré est mort.
Avec sa disparition, une nouvelle page se tourne définitivement.
Lenzi nous survivra cela ne fait aucun doute, pour le moment il nous faut le remercier en voyant, revoyant, découvrant encore et toujours ses films.
Ciao Umberto et grazie mille per tutti. (D.L)




mercredi 18 octobre 2017

LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES. Chronique d'une avant-première









 17 octobre 2017

22:07

Les dithyrambes des spectateurs du Majestic de Lille, qui a fait salle comble pour cette avant-première, succèdent à un feu nourri d'applaudissements. Hélène et Bruno reviennent au devant de la salle accompagnés du maître de cérémonie, le Doctor Devo, initiateur des soirées Bon Chic Mauvais Genre.  Au micro, certains évoquent le voyage sensoriel que leur a inspiré le film, d'autres s'extasient devant la maestria technique et s'interrogent sur le découpage, le stroy-board, le son, les effets spéciaux et les lieux de tournage.

17:07

Je relis quelques notes prises sur Montgomery Clift. Je prépare mon sac pour la soirée de ce soir, j'aurai une petite table à ma disposition pour y présenter mon dernier né le Médusa "28. Le poids d'un Médusa (1 kg) m'oblige à la prudence, je n'en prendrai que 7, pas la peine de se faire un lumbago.

18: 03

Je me dis que décidément l'adage "jamais deux sans trois" n'a jamais été aussi prégnant. J'ai rencontré Hélène et Bruno lors des deux soirées précédentes où furent projetés Amer et L'étrange couleur des larmes de ton corps. A chaque fois, ces soirées coïncidaient avec la sortie d'un Médusa.

18:59

J'arrive au Majestic, j'y croise un habitué, responsable de la maisonnette d'édition : Les Âmes d'Atala, qui me présente L'égalité devant les asticots, une de ses dernières publications. Gabriel, le scopophile, nous rejoint et m'invite au Paon d'Or.

19:37

Autour de quelques "queues de charrues", je présente à Hélène et Bruno, le dernier Médusa. Leur enthousiasme me réconforte et nous devisons autour du sommaire, de la mise en page, du tirage.  Je ne veux pas trop parler de leur film, je veux le découvrir entièrement. J'avais vu la bande-annonce aux Hallucinations Collectives mais je n'ai pas regardé la dernière  pour arriver "vierge" de toutes images.

20:01

La séquence  commence dans quelques minutes. Devant le Majestic, deux chasseurs d'autographes accostent Hélène et Bruno. Ils leur font signer quelques photos et une affiche, et les prennent en photo le Médusa à la main, comme la dernière fois à l'occasion de L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps. J'imagine ses photos encadrées au-dessus de leur cheminée entre un dauphin et le portrait de la belle doche et j'éclate de rire.

20:04

La salle est comble, moi qui comptais m'installer avec les scopophiles, je me retrouve en plein milieu d'un rang, au cœur de la salle. Un spectateur m'interpelle à mon passage, il a bien reçu son Médusa ce matin, il est ravi, moi aussi. Je suis dans mon jardin.

22:04

Le troisième long-métrage de Bruno Forzani et d'Hélène Cattet est d'une richesse incroyable dont une vision unique ne suffit pas à en explorer toutes les nuances. Comme l'a dit une spectatrice, nous avons l'impression d'ouvrir un coffre au trésor d'où surgissent des gueules burinées rendant grâce au cinoche populaire français (Ferrara, Bonvoisin, Nisse, Sogne...), une ode à la golden shower, une incarnation féminine de Hel, la déesse de la mort à travers le personnage de Luce (incroyable Elina Lowenshom), des performances conjuguant hojojutsu, crucifixion et feux d'artifices, des duels Leoniens, du western spaghetti sauce bolognaise, des orgasmes, des chairs pénétrées, des coups de feu féroces, le tout magnifié par une bande-son à la gloire du Bis italien et à un son travaillé jusqu'au moindre froissement de cuir.  Chaque plan est une histoire à lui tout seul, un bonheur des sens... Du roman de Manchette reste l'âpreté d'un décor en ruines, la dureté de personnages jusqu'au-boutistes et un nihilisme typique des seventies. Le spectateur, tour à tour, chatouillé, désorienté, bluffé, stupéfait finit par se laisser emporter par ce tourbillon à l'esthétisme rare à une époque où tout est bâclé. D'un banal braquage engendré par l’appât du gain (des lingots d'or), jaillit un onirisme poétique éclaboussant les cœurs et les âmes.

Je vous invite tous à vivre cette expérience en salle, rares sont les films qui ne laissent pas indifférents, qui pénètrent, agressent, caressent les spectateurs... Courez-le voir !

22:34

Quelques exemplaires de Médusa sont vendus (6 sur 7), me voilà plus léger pour regagner mon huis !

23:13

Sur l'Autoroute, les images du film me hantent. Je repense à ces contre-jours, à ces nudités sublimés.

23:21

Qu'écrire sur un  film aussi flamboyant, si différent ? Les mots me paraissent atrocement creux.

19:47

Gabriel  nous parle d'un plan de The Burning (Carnage) assez stupéfiant. Je l'ignore encore mais je vais bientôt avoir les rétines fracturées par un soleil ardent...

"Et pour en finir, je ne veux pas crever, chercher l'intensité d'un soleil ardent...  et laissez bronzer les cadavres."

(D.L)


vendredi 13 octobre 2017

MEDUSA FANZINE n°28 disponible chez Hors Circuits et Métaluna Store

Alors que la nouvelle de la fermeture prochaine du Métaluna Store  a glacé une journée à la météo pourtant clémente, j'ai quand même fourni cette boutique qui m'a soutenu depuis le début en Médusa 28. Dépêchez-vous d'y aller avant la fermeture le 19 octobre prochain. ça fait chier et plus qu'un peu !

Médusa est également disponible à la librairie Hors Circuits (tenez-bon hein !), sise rue de Nemours à Paris. Outre le Médusa, vous y trouverez un choix de DVD, de livres et de fanzines.

Enfin Médusa sera également disponible via sin'art et les films de la gorgone dès la semaine prochaine.


jeudi 5 octobre 2017

MEDUSA FANZINE n°28 disponible !

Les 500 kilogrammes de Médusa sont arrivés ce matin à la maison. Si nombre d'entre eux ont d'ores et déjà trouvés preneurs grâce aux précommandes (plus de la moitié), le reste est désormais à votre disposition ! Hurry up !
C'est par ici que ça se passe sur la petite boutique de Médusa !
Pour les précommandes, les envois débutent dès le 5 octobre. Guettez votre facteur !


samedi 30 septembre 2017

LE JUSTICIER CONTRE LA REINE DES CROCODILES chez Bach Films !


Même dans nos songes les plus secrets, nous n'osions l'espérer : l'édition en France de ce chef d’œuvre du cinéma d'exploitation indonésien, j'ai nommé Le justicier contre la reine des crocodiles, véritable ode au cinéma populaire, déclaration d'amour au sérial d'antan, piédestal érigé à la gloire de Barry Prima, inoubliable guerrier pour la Rapi Films combattant dans un Kung Fu approximatif  les hollandais félons .

Dès les premiers numéros de Médusa , je déclarais ma flamme à ce cinoche complètement fou découvert dans les vidéoclubs de mon quartier, puis j'y revenais plus longuement dans le Médusa n°20. Ainsi, à propos de ce film, j'indiquais qu'il fallait prendre cette bande comme une "véritable bande dessinée live complètement hallucinante", généreuse en hémoglobine et en personnages excentriques (l'insatiable reine des crocodiles, Mondana (Barry Prima) chevauchant son rocher (?), un adepte de la guillotine volante, une sorcière que l'on peut découper selon les pointillés (un peu comme le bad guy du Guerrier), des sbires grimés en sauriens !
En outre, comme à chaque nouvelle aventure indonésienne, le mélange des genres est de rigueur : western, fantastique, film de sabre, heroic fantasy, gore, kung fu et même une nuance d'érotisme oriental (très soft)...


Prétendre qu'il s'agit là d'un achat obligatoire relève de l'euphémisme, si vous n'aviez qu'un film à vous procurer cette année, c'est celui-là !
Alors rendez-vous chez nos amis de Bach Films pour acquérir la galette ! (D.L)

chronique omplète à relire dans le Médusa Fanzine n°20

vendredi 29 septembre 2017

Un Festival, des Festivaux

Alors que se termine septembre dans des brumes matinales de plus en plus épaisses et que s'approche en grands pas la sortie tant attendue (en tout cas par mézigue) du Médusa Fanzine n°28, se profilent déjà des rendez-vous immanquables pour réchauffer l'atmosphère de l'Automne ou pour fêter dignement Halloween.

Le premier d'entre eux se déroulera le week-end prochain (dimanche 8 octobre) dans la capitale Wallone, Liège où se tiendra le deuxième Retro Wizard Day : des stands en pagaille, des fanzines comme s'il en pleuvait, des DVD en veux-tu en voilà, une abondance de bonne humeur, de rencontres sympathiques et des centaines d'occasion d'alléger son porte-monnaie... Pour l'occasion, j'ai même retiré quelques (très) vieux Médusa et quelques (très) anciens Hammer Forever ! Tout est sur l'affiche que je vous reproduis ci-dessous.

  La veille, le samedi 7 octobre aura lieu une soirée pré-convention lors de laquelle les convives assisteront médusés à la projection de la crème des courts-métrages actuels (Cruelle est la nuit, La quatrième nuit, le hibou, Révolution), une soirée au cours de laquelle il se dit que des Médusa 28 seront déjà en circulation...


Quelques jours plus tard, le 17 octobre aura lieu à Lille au cinéma Majestic une nouvelle soirée Bon Chic Mauvais Genre consacrée au nouveau long métrage de Bruno Forzani et Hélène Cattet : Laissez bronzer les cadavres. Une avant-première en présence des réalisateurs au cours de laquelle je présenterai aux habitués de ces séances le nouveau Médusa Fanzine !

 

 Enfin le troisième week-end de novembre (18 et 19 novembre), je serai de nouveau l'invité du salon (le dixième !) de la Bande dessinée de Valenciennes, un rendez-vous incontournable des Hauts de France où je disposerai d'une table pour la petite boutique de Médusa !







samedi 23 septembre 2017

L'Autrement n°5 disponible !

Chaque année, Sin’Art sort un nouveau numéro de L’Autrement, le fanzine de l’association, dont l’objectif est de faire un bilan de l’année précédente et mettre en valeur ses bénévoles, ses partenaires, ainsi que ses différentes activités. Exceptionnellement, ce numéro 5 de L’Autrement propose un bilan s’étendant sur deux années puisque, en raison d’une actualité chargée pour l’association, nous avons repoussé le numéro prévu en 2016. Au sommaire de ce cinquième numéro, vous trouverez le bilan des années 2015 et 2016, des entretiens avec Tommy Meini de feu L’Atelier 13 et de Guy Astic de Rouge Profond.

Le numéro est téléchargeable : ici

dimanche 17 septembre 2017

CINEFUN n°30 disponible

Alain Kaehr signe un trentième numéro de CinéFun (déjà !!!?), un ezine toujours aussi fun parce que le cinéma reste avant tout un plaisir !
C'est téléchargeable ici (en espérant qu'aujourd'hui ça marche, ah ah !)
Bonne lecture !


dimanche 10 septembre 2017

LA KERMESSE DES AIGLES chez Elephant Films





De George Roy Hill, j’apprécie tout particulièrement Abattoir 5, chef d’œuvre encore méconnu aujourd’hui,  mais qui demeure un des meilleurs films des années 70. Réalisateur solide (Butch Cassidy et le Kid, L’Arnaque), il offre dans La Kermesse des aigles un rôle taillé sur mesure à l’un de ses acteurs fétiches, Robert Redford, tout en décontraction, au sourire ravageur,  alors à l’apex de sa carrière. Scénarisé par William Goldman (Magic, Marathon Man, Les hommes du président, excusez du peu), The Great Waldo Pepper (son titre original) s’intéresse à la destinée des pilotes de l’armée de l’air dans les années 20, contraints pour subsister de participer  à des spectacles aériens, d’organiser des baptêmes de l’air et de risquer leur peau de plus en plus fréquemment  dans des acrobaties. Waldo Pepper (Robert Redford) est l’un d’eux, il a fondé sa propre mythologie sur son combat avec le baron allemand Ernst Kessler (inspiré de l’as de l’aviation germanique, Ernst Udet) dont il serait sorti victorieux. Lorsqu’après quelques aventures, il se retrouve cascadeur pour le cinéma, il retrouve son Némésis pour un dernier combat.
Si la reconstitution des années 20 est réussie, l’histoire épique manque un peu de souffle pour que le film décolle complètement. Certes, les cascades aériennes sont nombreuses mais, justement, le réalisateur en abuse un peu trop et dilue l’efficacité du récit qui aurait gagné à être plus condensé.  Le dernier combat apparait, en outre, un peu dérisoire alors que le grand moment du film arrive avec la disparition tragique du personnage incarné par Susan Sarandon. Un accident qui, au lieu de déprimer le producteur des spectacles, le comble de joie puisque le sang attire le public. Pendant la scène, nous restons persuadés que le héros (Redford) parviendra à sauver la demoiselle, coincée sur l’aile d’un biplan en plein vol, tétanisée par le vertige.
Le casting est de tout premier ordre, outre Redford et Sarandon, nous retrouvons une jeune Margot Kidder, pas encore pensionnaire de la maison du diable, Bo Svenson qui deviendra une gueule du Bis cantonnée aux rôles de militaire, Bo Brundin ou encore Geoffrey Lewis.
Sans être leur meilleur film (à la fois de Roy Hill et de Redford), La kermesse des aigles demeure un film d’aventures spectaculaires comme Hollywood en produisait savamment dans les années 70. La déshérence de ses anciens héros renvoie déjà l’Amérique à une certaine forme de syndrome post-traumatique alors qu’à l’époque du tournage, les USA en terminaient avec le Vietnam. Je ne sais pas si William Goldman y a pensé en écrivant son scénario mais les thèmes sont proches : que faire des héros de guerre une fois rentrés au pays ? Des monstres de foire, des résidents de cirque, des cascadeurs au cinéma ? Quelle que soit la guerre, les conséquences se ressemblent invariablement. Naturellement, La kermesse des aigles n’emprunte pas cette voie là mais nous ne pouvons pas nous empêcher d’y songer.
La copie d’Elephant Films (sortie le 5 septembre) est fort belle et s’accompagne comme à chaque fois de la bande annonce et des versions française et originale. Avec son savoir-faire habituel, Julien Comelli, dans un bonus,  contextualise le film et nous livre quelques infos essentielles sur la distribution et l’équipe technique.
D.L